La COVID-19 aura-t-elle un impact sur le recrutement?

La COVID-19 aura-t-elle un impact sur le recrutement?

6 min.  1er août 2020
La COVID-19 aura-t-elle un impact sur le recrutement?

Le recrutement n’est certainement pas la priorité des entrepreneurs canadiens. Le plus souvent, un logiciel qui facilite la recherche, la sélection, l’accueil et l’intégration de nouveaux effectifs est perçu comme une dépense superflue et non comme un investissement. La pandémie pourrait toutefois être le déclencheur d’une modeste révolution numérique.

En Europe, les PME accordent davantage d’importance à l’acquisition de talents. « Même les entreprises de petite taille ont des applications ATS (Applicant Tracking System). Ce n’est pas envisageable de s’en passer », observe Gabriel Tremblay, directeur produit et innovations chez GLOW in the cloud, une solution infonuagique pour repérer et traiter efficacement les candidatures.

Il cite en exemple la France, où le haut taux de syndicalisation rend complexes les structures organisationnelles et le processus d’embauche. « On demande aux employeurs de procéder à des tonnes de vérifications et de remplir un nombre incalculable de documents, relève-t-il. Pas étonnant qu’ils fassent appel à un outil Web pour accélérer les démarches et stocker l’information confidentielle ».

Au Canada, engager du personnel implique moins d’enjeux et de paperasse. Les propriétaires avec un faible taux de roulement ont le luxe de se passer de la technologie. La COVID-19 viendra toutefois changer les choses.

« La plupart des entrepreneurs se disent qu’ils ne gagneront rien à acheter une solution de recrutement, que ça ne rapportera pas d’argent et que ça n’améliorera pas la productivité. Ils penseront à donner à leur concierge un logiciel de gestion d’inventaire bien avant. »

– Gabriel Tremblay, directeur produit et innovations de GLOW in the cloud

Plus d’entrevues vidéo
Les mesures de confinement ont forcé les gens d’affaires à mener des entretiens d’embauche virtuels sur des plateformes de télécommunications comme Zoom, Skype ou Teams. Parce qu’il faut faire avec les moyens du bord, certains en ont même animé sur Messenger. Du jamais-vu.

Beaucoup constateront l’efficacité de l’entrevue vidéo. « Les postulants gagnent du temps de transport et c’est tellement plus facile pour les disponibilités! », se réjouit Anne-Marie Battista, directrice des ressources humaines et de l’administration chez BIXI Montréal, où la caméra fait depuis peu office d’outil de travail.

La visioconférence a ses avantages, comme celui de retrouver le collaborateur potentiel en moins de deux le soir ou la fin de semaine s’il occupe un emploi. « C’est important de lui offrir une belle expérience, de ne pas l’obliger à se cacher dans un back-store durant sa pause, rappelle Gabriel Tremblay. Si le candidat en venait à devoir faire un choix entre deux compagnies, il y a fort à parier qu’il opterait pour celle qui lui a laissé une bonne impression en faisant preuve de souplesse. »

Aux mois de mars et d’avril, au plus fort de la crise, agrandir son équipe était un défi de taille, selon Michel Blaquière; la Prestation canadienne d’urgence (PCU) et la peur du virus en poussaient plusieurs à reporter leur navigation sur LinkedIn. Pour le cofondateur de Drakkar, une organisation qui offre des services d’impartition et de recrutement depuis plus de 25 ans, les choses sont revenues à la normale.

« Les candidats se font plus nombreux. On commence à voir un peu de lumière. Probablement parce que plusieurs comprennent que la fin de la PCU approche. »

– Michel Blaquière, cofondateur de Drakkar

Les travailleurs sont à nouveau au rendez-vous, mais demeurent difficiles à rejoindre. Plusieurs craignent encore les contacts, remarque l’expert. Résultat? L’entrevue vidéo devient un incontournable.
À long terme, la popularité croissante de la webcam entraînera la délocalisation des embauches, croit Gabriel Tremblay. Peu de gens sont prêts à rouler plus de trois heures entre Toronto et Kingston pour serrer la main d’un gestionnaire qu’ils ne reverront peut-être jamais. Beaucoup sont toutefois ouverts à télétravailler et même à déménager, à changer de vie pour un mandat intéressant et valorisant. Il ne tient qu’aux employeurs d’éveiller la curiosité en profitant des nouveaux outils.

Pour faciliter le recrutement à distance à l’ère de la COVID-19, les PME ont également imité les grandes entreprises et les institutions bancaires en se dotant d’une solution de signature électronique. Il n’est dès lors plus nécessaire de parcourir des kilomètres simplement pour apposer son autographe sur un document.

Un autre petit pas vers la modernité qu’elles ne sont pas près de regretter, pense Gabriel Tremblay : « Ça a l’air niaiseux comme ça, mais pour conclure un contrat d’embauche, il faut réunir la recrue, le propriétaire et dans certains cas le gestionnaire en ressources humaines, trois personnes avec un agenda chargé. » Terminé, le casse-tête logistique.

Interview vidéo : nos astuces
« Je pense qu’en général, on a tendance à considérer que l’entrevue est un événement formel avec un acteur en position de pouvoir, confie Gabriel Tremblay. Pourtant, les meilleurs entretiens se font dans le naturel. On voit la personnalité que le candidat aura en entreprise et non celle qu’il s’impose pour plaire, et il en va de même pour le recruteur. » Voici quelques trucs pour dialoguer sans complexe et créer un contact chaleureux malgré la distance.

  • Préparez votre interlocuteur au déroulement de la séance vidéo. Quelques jours d’avance, informez-le de la plateforme que vous utilisez pour qu’il puisse la télécharger et se sentir à l’aise avec celle-ci.
  • Vérifiez la connexion internet et l’éclairage. Choisissez un coin tranquille.
  • Invitez un collègue pour susciter des conversations spontanées et révéler la chimie de votre équipe.
  • Pensez à des questions originales : « Vous avez 100 courriels, mais ne pouvez répondre qu’à 20 d’entre eux : que faites-vous? Si vous étiez un masque de protection contre la COVID-19, lequel seriez-vous? ».
  • Introduisez des anecdotes, amorcez des discussions sans lien avec votre offre et exploitez les fonctionnalités de votre plateforme afin de détendre le candidat, en lui proposant par exemple de choisir un arrière-plan ou de dessiner quelque chose qui le représente sur un tableau blanc à l’écran.
  • Partagez un café.

Virage
Les entrepreneurs et les gestionnaires des ressources humaines en télétravail n’ont eu d’autres choix que de se rendre à l’évidence : pour trouver la perle rare, il faut abandonner les vieilles méthodes et bénéficier de la technologie. À la maison, impossible de recevoir des CV en personne, de les déposer sur le bureau d’un collègue pour obtenir son opinion ou d’y noter des commentaires au fil des étapes en cours. En confinement, inutile aussi d’afficher les postes vacants en vitrine.

Le téléphone de Gabriel Tremblay ne se fait guère silencieux depuis le début de la pandémie. Au bout du fil, quelques recruteurs obligés de dénicher des salariés à distance, mais surtout des restaurateurs, des hôteliers, des start-up spécialisées en services TI contraints de renouveler leurs troupes mises à pied à la mi-mars et cherchant un moyen de tout gérer en ligne de façon efficiente. La pandémie précipite la transition numérique, même chez les PME qui n’ont jamais manifesté beaucoup d’intérêt pour le recrutement.

« Les entreprises avaient besoin de se moderniser du point de vue du recrutement. Ce serait forcément arrivé, mais bien plus tard. On assiste à une course. »

– Michel Blaquière

Ainsi, tout naturellement, pour garder une trace de leurs démarches et les partager facilement à leurs collègues, un plus grand nombre d’employeurs canadiens utiliseront Google Feuilles de calcul (Sheets); pour enregistrer les CV, Google Disque (Drive) ou Dropbox; pour signer des contrats, Adobe Sign ou PandaDoc, et ainsi de suite.

Parmi eux, certains découvriront à quel point télécharger des applications gratuites ou investir dans une solution pour diffuser des offres d’emploi simultanément sur de multiples plateformes, créer une banque de profils, recourir à des moteurs de recherche avancée et diriger des entrevues virtuelles permet de bâtir une équipe de rêve, encore plus productive et garante de leur succès, sans y mettre trop de temps et d’efforts. Un virus vient modifier les méthodes de recrutement : en voilà un fait inusité.

La réponse

La COVID-19 aura-t-elle un impact sur le recrutement? Tout porte à croire que oui. Les mesures de confinement, le télétravail et les encouragements des spécialistes de la santé publique à limiter les déplacements amènent les entreprises à numériser la gestion des CV, les démarches d’entrevue, les suivis et les documents d’embauche. En optant pour des outils technologiques, les gens d’affaires pourront joindre plus facilement la main-d’œuvre en régions éloignées. Ils gagneront en efficacité et seront par conséquent plus nombreux à percevoir l’acquisition de talents comme un aspect non négligeable de l’entrepreneuriat.

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